Compte rendu du Synode ordinaire du 11-12 juin 2021 à Moudon
A l’usage de l’assemblée régionale, des assemblées paroissiales, du Conseil régional, des conseils paroissiaux
Un tableau du peintre suisse Eugène Burnand accueillait les 63 delegué.e.s reuni.e.s à Moudon le vendredi et samedi 11-12 juin 2021, ville qui fête cette année le 100e anniversaire du peintre. Son arrière petit-fils, François Burnand, delegu.e.s au Synode, avait mis le tableau à disposition pour la session. La peinture intitulée « le serviteur inutile » (inspiré de la parabole du semeur) a inspiré la présidente du Synode de rappeler aux délégué·e·s et aux membres de l’exécutif leur rôle de « serviteurs non indispensables ». Autant qu’il est important de débattre et de délibérer, la parabole invite aussi chacun et chacune à avoir une attitude d’humilité.
Sur l’ordre du jour copieux figurait des sujets de grande importance, tels que la révision du Règlement ecclésiastique (RE) sur les cérémonies funèbres, le nouveau dispositif pour une « catéchèse familiale », l’adoption des comptes 2020, le rapport de gestion du Conseils synodal (CS) pour 2020 et le sujet tant attendu, la répartition des dotations de postes entre régions, paroisses et niveau cantonal. Pour rappel, d’ici à la fin de la législature 2019-2024, l’EERV doit diminuer le nombre de poste a plein temps de 220 (dotation 2018) à 203. Cette situation est due à un rééquilibrage de la subvention cantonale avec l’Eglise catholique (FEDEC).
Le Synode s’est déroulé dans un climat constructif et fraternel. Tous les points ont été traités et les décisions prises. Trois modifications du RE ont été votées et ratifiées (autorité de surveillance des fondations ecclésiastiques, services funèbres, compétence de la Commission de consécration).
La modification du RE concernant les services funèbres consistait à donner une plus grande latitude aux ministres pour adapter les cérémonies funèbres, dont le déroulement traditionnel est fixé par le RE, aux demandes toujours plus spécifiques des familles. Le débat s’inscrit dans celui d’une société qui se réinvente par rapport aux rites de passage, qui se distancie de l’église et privilégie de plus en plus des cérémonies d’adieu personnalisées sortant du cadre classique. Même si la pratique des ministres s’est déjà adaptée à cette réalité, en proposant des cérémonies sur mesure, le RE ne répondait plus à cette réalité. Le déroulement traditionnel reste cependant une référence de base.
Le Synode a adopté le nouveau dispositif de catéchèse comprenant des pôles renouvellement FamilleS, renouvellement Jeunesse, des projets d’immersion FamilleS et des projets d’immersion Jeunesse. Le dispositif comprend le passage d’une catéchèse de l’enfance à une catéchèse familiale communautaire proposant des activités et projets pour créer du lien. Principaux changements : le passage du catéchisme 9-11 à des activités et des projets de lien et un parcours de catéchisme réduit à une année pouvant aboutir aux Rameaux avec baptêmes et confirmations. Pour la mise en œuvre de ce nouveau dispositif, le Synode a demandé au CS de mettre à disposition des moyens en termes de formations et de ressources humaines. Le passage vers ce nouveau catéchisme se fera au rythme des régions et paroisses, il débutera en septembre 2021 et devra être initié au plus tard en septembre 2023. Cependant, les activités qui fonctionnent et donnent vie à la communauté peuvent continuer à se déployer, mais devront s’harmoniser avec la nouvelle formule.
Les comptes 2020 présentent un bénéfice de fr. 1’522’506, alors que le budget prévoyait une perte de fr. 688’100. Cette situation est due en grande partie aux postes non repourvus, alors que l’EERV perçoit la subvention de l’Etat dans son intégralité. Les comptes ont été adoptés et le bénéfice a été inscrit au capital de l’EERV. L’écart entre le budget et le résultat de l’exercice a suscité des vifs débats, notamment par rapport à la souffrance des paroisses sous dotées en forces ministérielles. Comment est-il possible que d’un côté, l’ORH répercute l’information qu’il n’y pas d’argent pour payer des renforts sur le terrain, et de l’autre l’exercice comptable de l’EERV manifeste un bénéfice si important ? La question a refait surface lors des débats sur les dotations. Il faut affirmer clairement que l’enveloppe de l’État permet de payer plus de postes que les emplois réels sur le terrain, limités par le manque de vocations et de personnes sur le marché de l’emploi remplissant les besoins.
Au sujet des dotations, le Synode a finalement décidé de confirmer l’enveloppe des dotations décidée en mars 2019 pour la législature 2019-2024, et demandé au CS de mettre en œuvre cette répartition sans plus attendre, y compris les mesures d’accompagnement décidées par le Synode à l’époque. Concrètement, il s’agira d’affecter les ressources dues à la différence entre les postes financés par la subvention cantonale et les postes réellement existants sous forme de mandats pour accompagner les processus de changement d’église en cours. Il s’agira également de développer une culture d’appel en église pour susciter des nouvelles vocations, de prendre des mesures pour la formation des laï·que·s et une meilleure reconnaissance du bénévolat en église, puis aussi d’évaluer rapidement l’engagement des animateurs·trices d’église. En décidant ainsi, le Synode a suivi le rapport de la Commission d’Examen qui complétait celui du CS. Pour la petite histoire, ce dernier souhaitait revenir à la dotation décidée en 2019, mais en réservant 5 sur les 145 postes prévus pour les région et paroisses, afin de les piloter directement par le CS pour des aides ponctuelles et la mise en place du changement dans les régions (renfort sur le terrain et pour les offices). Une négociation avec l’État va permettre de préciser quelle liberté d’utilisation autorise l’enveloppe octroyée.
On ne peut s’empêcher de penser que « la montagne a accouché d’une souris », mais c’est le résultat qui compte, la responsabilisation des régions est vraiment lancée sur la base de chiffres enfin connus.
Au sujet des informations générales du CS :
Le CS poursuit sa politique d’amélioration de la gouvernance dans l’EERV par un renforcement des régions grâce à la mise en place des équipes de soutien et une boîte à outils développée à cet effet. Il travaille également sur l’amélioration de la transparence dans les repourvues de poste et la politique du recrutement.
Au sein de l’EERV, un groupe de travail élabore des propositions pour s’acheminer vers une « Eglise inclusive » qui rend justice à toutes les personnes et orientations sexuelles. Le groupe des jeunes en église s’appelle « A bras ouverts ». Si le mariage pour tous est accepté sur le plan civil à l’automne, l’EERV devra alors se positionner pour s’adapter à ce changement.
« Moins de bien, plus de liens », tel est le slogan du mouvement de la décroissance étroitement lié à la transition écologique et sociale (TES). Conformément à son programme de législature, l’EERV est engagée dans cette démarche de sensibilisation à l’écologie. Sa valeur ajoutée est celle de renforcer l’esprit communautaire, étant donné que cette préoccupation est aujourd’hui en premier lieu celle de la jeune génération. 12 lieux d’Eglise se sont déjà ralliés à la plate-forme EcoEglise que l’EERV a lancé avec d’autres. Un groupe de pilotage de la TES s’est formé au sein de l’EERV, il réunit 2 pasteurs, 3 laïcs, 1 diacre. Un rapprochement de TES et TN (Terre nouvelle) est prévu et un « starter pack » sera proposé pour impliquer les paroisses.
Le Synode a terminé son travail avec 1 heure d’avance sur le programme, grâce à la discipline de toutes et tous, mais surtout grâce au rythme imprimé par sa présidente Sylvie Arnaud qui a su gérer les débats et processus de votation avec excellence et rigueur, non sans une touche d’humour bien venue.

Martina Schmidt
(relecture Michel Henry)